vendredi 1 janvier 2016

Nuit de l'écriture


Les douze contes de minuit.

J’ai pris une dernière gorgée de ma coupe de champagne rosée. Sophistiquée jusqu’au bout. Parce qu’il le faut bien. Le temps a passé, trop vite, mais ce n’est pas irréversible. Ça pourrait l’être, si je n’enfilais pas immédiatement mon trench aussi noir que le sang dans mes veines et que je ne sortais pas à ces douze coups de minuit.

Dong.

Cendrillon à la robe gothique et au sourire moqueur. Un conte redessiné parce que sinon, ça ne serait pas amusant. Je n’aime pas les princesses, blondes, trop naïves, sans personnalités. Je me préfère moi, déesse aux mille vies. Il neige à l’extérieur. Une douce poudre féerique qui parsème mon chemin, tel l’or des cheveux de Boucle d’or.

Dong.

Mes talons pourpres claquent sur l’asphalte humide. Le vent s’est levé, caresse mon corps, me fait frissonner de plaisir. La bourrasque transporte dans son sillage le murmure de ma victime. Elle est tout près. Tellement que je l’entends respirer. Mes sens s’aiguisent et la lueur argentée de mes prunelles turquoise s’embrase.

Dong.
Je me dirige vers le parc, ondulant tel un félin plutôt que marchant paresseusement. Je suis excitée, presque impatiente. Elle est tout à côté, je perçois les battements de son cœur, je vois la lumière de son aura. Tellement belle. Si désirable. Vulnérable.

Dong.

Elle est dans mes bras, poupée de satin aux yeux célestes. Elle est parfaite dans son innocence. Parfaite, dans son immobilité. Je hume délicatement son parfum. Du Lilas. Une fleur au printemps. Aérienne. Je m’enivre.

Dong.

Je pose imperceptiblement mes lèvres sur les siennes. Elles sont acidulées. Un frisson parcourt mon corps. Lentement, j’aspire et c’est l’explosion. Son essence se transfère en moi, me pénètre et dans ma tête, il y a ces images, ces couleurs. Je vois un pré un soir de mai et des pissenlits, blancs. Il y a de l’herbe, des oiseaux, la mer, des papillons, des libellules et tellement de nuances de roses. Mes yeux frétillent, mon cœur menace d’éclater sous l’assaut des images. Je suis bien, je suis immortelle.

Dong.

Je la dépose amoureusement sur son linceul blanc et vaporeux. Sa longue tignasse noire méchée de blond forme une auréole autour de son visage en forme de cœur. Je la contemple affectueusement et heureuse. Bénie. Elle m’a fait don, si candidement, de ses rêves, de sa vie. Elle était un privilège, un cadeau, pour cette aube du 24 décembre.

Dong.


Je retourne, lentement, par le chemin emprunté, lui disant un dernier au revoir de la main. La neige la recouvre, lui offre un cercueil éthéré. Mélange d’Aurore et de Blanche-Neige figées dans leurs derniers sommeils.

Dong.


Un conte aux saveurs d’éternité.

Dong, dong, dong, dong.


Fin.

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