mardi 8 septembre 2015

Apparences

 Consigne : Écrire 3 paragraphes pour créer un suspense et le 3e paragraphe doit se terminer sur la découverte d'un corps.


Tu es superbe aujourd’hui. Tu as noué tes longs cheveux d’un blond-roux en une queue-de-cheval sophistiquée. Tu portes une petite robe soleil, d’un blanc innocent, qui fait naître en moi, encore une fois, ce désir à peine dissimulable. Au début, je passais par ici en venant travailler, espérant t’y croiser l’espace d’une seconde éphémère. Le temps que je fasse un pas et tourne le coin de la rue. Juste un petit détour. À présent, je suis là, tous les jours, tapi dans l’ombre de mon bouquin, attendant que tu honores l’endroit de ta chaleureuse présence. Un rayon de soleil dans ma journée terne comme un discours de politicien. Tu es assise sur la terrasse, offrant ta peau couleur caramel à la douce lueur de l’astre de l’été. Je souris, comme un enfant à qui on viendrait d’offrir en cadeau la plus savoureuse des sucreries. J’essaye de trouver une parcelle de courage en moi pour t’aborder mais à ce moment, ton téléphone vibre à côté de toi. Tu regardes le message sur l’écran et tu fais une moue adorable. Malheureusement pour moi, tu te lèves et emballes tes affaires pour quitter le café, sans un regard en arrière.

Tu es partie depuis trois secondes et déjà, le manque. Insupportable. Je me lève à mon tour, un peu brusquement, manquant de renverser ma chaise. J’enfile mon chapeau gris et me précipite à ta suite, oubliant sur le coin de la table le livre acheté dans une librairie du quartier. J’ai le temps de t’apercevoir tourner le coin de la rue Mason. C’est ton foulard, rouge coquelicot, qui m’a susurré à l’oreille le chemin de tes pas. Je t’aperçois au loin, tu marches d’une foulée rapide. Décidée. Je te suis à bonne distance. Je n’ai pas peur de te perdre, ce rouge indécent à ton cou me guide à travers la marée d’employés du lundi matin, neuf heures. Ils vont tous travailler, mais toi, où te diriges-tu ainsi ? Tu es mon énigme. Je n’ai rien pu discerner à ton sujet, sinon que tu bois du thé vert chaque fois que tu viens dans ce café. Toujours. Les battements de mon cœur s’accélèrent. Cette poursuite, ce jeu du chat et de la souris, commence à m’exciter. Il y a des semaines que j’attends et que j’attends encore. Une espérance insoutenable, douloureuse, cruelle. Tu ne m’as pas remarqué, pas une seule fois, et moi, je rêve de toi toutes les nuits. Toutes les nuits. Peux-tu imaginer cela ? Tu as cette importance, ce privilège. Mes nuits sont à toi, inconnue aux yeux turquoise, alors où vas-tu, si rapidement ? Si décidée ? Pourquoi portes-tu tous les jours ce carré de soie rouge à ton cou ? Pour m’exciter ? Pour te faire désirer ? Violer ?

Je t’ai perdue. Je suis paniqué. J’ai une boule au fond de la gorge qui me donne envie de vomir. Où es-tu ? Dans quelle maison t’es-tu engouffrée ? J’étais à ce feu rouge, tu étais sur l’autre côté du trottoir. Tu marchais vers l’est, vers les maisons huppées. Fille de riche, alors. Puis, hypnotisé par tout ce rouge et ce blanc, moucheté d’or, j’ai fait un pas, parce que tu es la seule pour moi qui compte, que te perdre m’est insupportable, et j’ai entendu un klaxon. Bruit agressif qui m’a réveillé et m’a fait détourner les yeux une demi-seconde. Une demi-seconde où tu t’es évaporée. Dissipée. Je déglutis, essayant de faire taire l’affolement qui consume chaque cellule de mon être. Je vais défaillir. Je vais te tuer. Les muscles de mes bras se bandent. Et pas qu’eux. Je viens d’apercevoir l’objet de ma jouissance. Le foulard. Le tien. Sur les marches de béton d’une maison trop belle pour toi. Fille de riche. Je m’aventure jusqu’à la porte, récupère le carré soyeux. Rouge insolent entre mes doigts tremblant d’excitation. J’ouvre la porte que tu n’as pas verrouillée, car bien sûr, tu sais que je viendrais. Seras-tu là, sur le lit, offerte ? La porte grince légèrement, mes yeux se posent sur toi, rayonnante ; sur ton sourire, doux ; sur tes yeux, moqueurs ; sur l’homme : mort.

Un foulard rouge autour du cou.

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